Accouchement express : l’histoire d’Andréanne

C’est un bébé torpille, que l’équipe de l’hôpital Anna-Laberge a attrapé la semaine dernière. C’était un bébé pressé de faire son entrée, après avoir eu plusieurs faux départs.

Andréanne me l’avait bien dit : « Ça va être rapide! Pour le premier, ça a été rapide, cette fois-ci, dès que ça part, on se rend à l’hôpital! »

Il y a de ces accompagnements, où je me sens tellement à ma place, où les choses sont fluides, où tout le monde travaille ensemble. Souvent, c’est pendant ces moments-là que je témoigne de moments parfaits, comme un médecin qui demande à la maman ce qu’elle aimerait avoir comme accouchement, au lieu de lui expliquer comment ça va se passer.

C’est très différent d’un hôpital à l’autre et depuis ma première expérience à Anna-Laberge, j’ai des frissons (le fun) quand je repense à ce que nous avons tous vécus, la semaine dernière. L’ouverture de cette équipe a fait toute la différence pour les parents et nous avions tous le goût de se faire des high-fives quand ça s’est terminé.

Premièrement, je suis arrivée en même temps que les parents, devant la porte de l’hôpital, mon sac de doula et mon banc de naissance sous le bras. Le gardien de sécurité était bien affolé de voir Andréanne se mettre à quatre pattes dans l’entrée, en gémissant. Il s’est empressé de lui offrir de l’aide et une chaise roulante. Sa réponse? Elle m’a pointé en disant : j’en ai, de l’aide! (insérez : émotion de fierté!)

Au fil de nos rencontres prénatales, j’ai bien vu qu’Andréanne était prête et confiante quand elle parlait de son accouchement. Il n’y avait pas de doute dans nos esprits, son corps était fort et capable de donner naissance. Quand une personne qui accouche arrive avec cette conviction et celle des autres personnes qui l’accompagne, aucune question n’est posée. Nous savions que ce serait un bel accouchement naturel, comme pour son premier bébé. Nous avions vu juste.

On finit par se rendre à l’autre bout du long corridor qui mène à la maternité, pour trouver les 8 infirmières qui placotent au poste d’accueil, c’est une soirée tranquille, youpi!

Elles sont plusieurs à aider Andréanne à venir s’installer dans la première chambre de l’aile. Pendant qu’elle s’installe et que les infirmières écoutent le cœur fœtal (sans mettre les ceintures de moniteurs, enfin!), Rémi me pointe la tapisserie et la vieille lampe dans le coin, qui pourraient autant être dans le salon d’une vieille tante, vu leur âge et leur couleur. Ce n’est pas tout le monde qui partage ce feeling, mais j’ai toujours apprécié l’ambiance des vieilles maternités, comparé aux nouveaux hôpitaux chromés et trop froids.

Le col d’Andréanne était déjà dilaté à 8cm à son arrivée. Je lui tenais la main quand on a fait sursauter l’infirmière en criant simultanément : HUIT?!?! On ne s’attendait pas à ça. La veille, nous étions rentrés chez nous après 3 heures de contractions aux 3 minutes, mais avec aucun changement dans son 1.5cm de dilatation. Cette fois-ci, elle avait eu des bonnes contractions pendant 1 heure à la maison avant de se diriger vers l’hôpital. Comme quoi, le col nous réserve toujours des surprises!

Les minutes qui ont suivies ont été longues et courtes à la fois. Les contractions étaient de plus en plus intenses, Rémi et moi, on se relayait pour faire des compressions du bassin qui semblaient soulager Andréanne. Les compresses d’eau fraiches, les mots d’encouragement et les invitations à la respiration se sont succédé, pour finalement, qu’on prenne la décision de bouger vers le bain.

C’était risqué, considérant que le travail déboulait rapidement, mais il y avait un bain dans la chambre, alors nous n’avions pas besoin d’aller bien loin. Petit hic, le bouchon du bain ne marchait pas, donc quand nous nous sommes déplacés pour aller dans le bain, il était vide! L’eau coulait pour rien depuis 5 minutes. De toute façon, la contraction qui suivi a fait éclater la poche des eaux (sur mes souliers, bien sûr) et Andréanne a senti son bébé descendre rapidement dans son bassin, ce qui l’a fait crier : la tête est là!

Une chose à comprendre, c’est que certaines phrases dites dans une chambre d’accouchement, peuvent carrément faire paniquer 5 personnes en même temps. Malgré le fait que je me suis pitché par terre pour voir ce qui se passait, et voir que finalement, la tête n’était pas encore là, les infirmières parlaient toutes trop fort pour entendre mes explications. De toute façon, 30 secondes plus tard, elle était de retour dans le lit et la docteure lui a annoncé qu’elle était complète et qu’elle pouvait commencer à pousser. Elle n’a pas eu besoin de lui dire deux fois.

Le changement fut drastique chez Andréanne. En une contraction, elle est passée d’une femme qui gémit, crit et pleure pendant des contractions, qui semblaient assez intenses, à une femme concentrée, silencieuse, qui poussait sans demander la permission de le faire, et ce, dans la position qu’elle souhaitait.

Nous nous étions mis d’accord avec la docteure de garde, pour qu’elle puisse accoucher sur le banc de naissance, par terre, à côté du lit. Le moment venu, ce n’est pas la même docteure qui est venue assister Andréanne, j’ai donc dû négocier et mettre le banc de naissance dans le lit. Finalement, Andréanne était à genou dans le lit et prenait appui de ses bras sur le banc de naissance. Quelques minutes plus tard, la première docteure est venue nous rejoindre et a simplement eu le temps de mettre un piqué par terre, dans l’optique de suivre le plan original, avant de voir qu’Andréanne n’allait pas bouger de sa place.

Une contraction plus tard, son bébé est sorti d’un coup. Au complet. Sans préliminaires. J’ai dû attraper Andréanne au vol, parce qu’elle se levait sur ses pieds, de sa position à genou. Il était entendu que Rémi quitterait la salle pendant la poussée et qu’il reviendrait quand le bébé serait sorti. C’est donc moi qui ai tenu cette extraordinaire maman qui venait d’accoucher d’un bébé torpille.

L’enfant était enroulé cinq fois dans son cordon ombilical, trois tours autour du cou et deux autour du corps. Heureusement, le cordon était très long et tout allait bien. Le sexe du bébé était une surprise et j’essayais tant bien que mal de regarder pour annoncer la nouvelle, mais plusieurs personnes manipulaient le bébé pour dégager tout ce cordon et j’ai laissé tomber pour me concentrer sur Andréanne. Elle m’a regardé dans les yeux en lançant un flamboyant : WHAT THE FUCK! Qu’est-ce qui vient de se passer???

Je lui ai simplement répondu : Tu viens d’accoucher, ma fille! Viens, tu peux redescendre maintenant.

Et elle s’est laissé tomber dans mes bras.

En entendant les pleurs de son nouveau bébé, Rémi est entré dans la salle, avec l’expression d’un petit garçon de 6 ans au matin de Noël. Les deux mains bien crispées sur sa bouteille d’eau, il nous a demandé quel était le sexe du bébé mais personne ne l’avait dit encore. Trois personnes ont répondues en même temps : C’est une fille!

Des fois, j’aimerais pouvoir prendre des photos avec mes yeux, pour pouvoir les montrer au reste du monde. Andréanne, à genou dans le lit et Rémi devant elle, qui s’exclament simultanément et crient : une FIIIIIIIIIIILLE!, avec les plus beaux sourires, c’était toute qu’une image, qui restera avec moi longtemps.

Voici la maison de Blanche, avec ses branches nourrissantes et son long cordon.

 

Voici la maison de Blanche, avec ses branches nourrissantes et son long cordon.

La petite Blanche est donc née à 23h44, exactement 1 heure après notre arrivée à l’hôpital.

Un peu plus tard, pendant que Rémi était retourné à la maison, prendre les bagages oubliés, j’ai eu la chance d’avoir un tête-à-tête avec Blanche, pendant qu’Andréanne prenait une douche. C’est toujours surprenant de voir une femme qui vient d’accoucher, se lever et reprendre rapidement le contrôle de son corps et retrouver son confort. Il faut dire qu’un accouchement de deux heures, c’est intense mais rapide et le corps a encore de l’énergie par la suite.

Un accouchement torpille, des parents heureux, une équipe médicale ouverte et une doula comblée. Belle recette!

Mot de la fin :

L’attitude que l’équipe médicale d’Anna-Laberge a eue tout au long de cet accouchement a été un élément important de l’expérience positive de cette naissance. Les parents se sont sentis respectés dans leurs choix, mon travail a été compris, apprécié et valorisé par les infirmières et la docteure. Si vous vivez dans l’Ouest de Montréal et que vous n’avez pas eu accès à un suivi sage-femme ou que ce n’est pas possible pour vous, je vous conseille d’accoucher à cet hôpital.