Aider les parents à se relever : les jumelles

Le service de relevailles est, selon moi, un privilège en tant qu’accompagnante, puisque les jeunes parents demandent une aide personnalisée chez eux, dans leur intimité familiale et leur quotidien. Le partage, l’aide et la confiance sont donc au cœur de ce service. Mais lorsqu’il s’agit de relevailles de nuit, la dimension est plus intense puisque la nuit, la fatigue accumulée prend le dessus, les sentiments et les sens sont exacerbés. Bien souvent c’est la nuit que les angoisses font leur apparition. Les jeunes parents se sentent seuls et il est difficile de demander de l’aide extérieure en pleine nuit, à deux heures du matin. Une accompagnante aux relevailles peut faire la différence le temps de quelques nuits, justement pour permettre aux nouveaux parents d’avoir un peu de répit. Elle s’assure de les guider pour l’allaitement ou encore les aiguiller pour le sommeil de leur bébé.

Rappelez-vous qu’autrefois, lorsque les parents accueillaient un nouveau bébé, ils étaient énormément entourés par leurs familles, les parents, tantes, cousines, voisines aidaient pour les tâches quotidiennes afin de permettre aux nouveaux parents de se reposer. Ils apportaient des repas, s’occupaient des aînés, faisaient un peu de ménage. Actuellement, l’organisation de notre société ne nous permet plus d’avoir cette proximité et cette aide familiale intense. Il n’est évidemment pas question de reproche mais simplement que les concepts sociétaux actuels nous ont poussé vers cet isolement que vivent les jeunes parents. C’est à cet instant que les accompagnantes aux relevailles jouent ce rôle tellement important qu’est celui de prendre la relève ou de permettre aux parents de prendre le temps de se relever après la naissance de leur(s) enfant(s).

@ashleysnaps

Je parle d’expérience, puisque j’ai eu la chance d’accompagner un couple qui était demandeur d’aide en post-natal et ce avant même la naissance de leurs jumelles. La situation de John et Sophie sort un peu de l’ordinaire, puisqu’ils ont respectivement 51 et 47 ans lorsque je les ai rencontrés pour la première fois. Ils cherchaient une étudiante en périnatalité, afin de prendre la relève la nuit avec leurs bébés. Sophie, la future maman, était proche de son terme lorsque nous nous sommes rencontrés. C’est avec une certaine fierté mais non sans émotion qu’elle m’a raconté leur histoire et leur parcours hautement courageux pour avoir un enfant. Ils ont dû patienter 10 années et surmonter 13 essais de fécondations médicalement assistées avant d’apprendre l’heureuse nouvelle. Ce couple extrêmement désireux, courageux, amoureux et patient m’a émue tant par leur parcours que par la force et la fragilité qu’ils dégageaient. Eux qui ont tant espérés, les voilà bientôt parents. Les nombreux échecs laissent des traces et il était difficile pour eux de se projeter, de planifier et d’organiser leur quotidien futur avec leurs jumelles. Les berceaux, la baignoire, la table à langer ou même la poussette manquaient encore à l’appel, car la peur d’avoir encore un échec à subir les empêchait de matérialiser la venue des jumelles.

Lors de notre première rencontre nous avions convenu que je serais présente à leur domicile dès leur premier jour de retour de la maternité. Je ne vous cache pas que j’étais prise entre l’excitation de commencer, de rencontrer les jumelles, la fierté d’aider cette jeune famille, mais aussi une certaine responsabilité et un peu de stress tout de même. Pour une question d’organisation et de place je dormais avec les jumelles dans la chambre d’amis accolée à celle des parents. Il m’a semblé important dès le premier jour de m’informer sur le déroulement de l’accouchement, les premiers liens installés, le ressenti de chacun. J’ai passé du temps afin d’en apprendre plus, de m’adapter au mieux face à leurs craintes, leurs peurs, leurs envies et leurs besoins, après tout j’étais là pour eux, pour les soutenir dans leur parentalité toute neuve! Sophie souhaitait allaiter ses filles, donc elle a installé une routine dès la maternité car mettre des jumelles au sein c’est une petite organisation. Je dois admettre que j’étais agréablement surprise d’apprendre sa détermination et sa volonté à allaiter, elle savait qu’elle devait les mettre au sein aux deux heures, donc nous devions être efficaces pour qu’elle puisse acquérir les bons gestes et réflexes, tout en ayant des moments pour se reposer (car c’est bien connu, une nouvelle maman doit se reposer).

@ivylovephotography

Je tiens à préciser que certes, je suis présente pour soutenir les parents durant la nuit, mais mon rôle était aussi de rendre les parents autonomes. J’ai passé du temps à expliquer, montrer, soutenir, ré-expliquer (bah oui à 3h du matin c’est difficile de rester concentrée), réajuster, encourager, motiver et surtout rassurer. Mon but était vraiment de leur démontrer qu’ils sont entièrement capables de s’occuper de leurs bébés.

Les deux premières nuits ont été des nuits d’adaptation pour tous les 5, imaginez bien que c’est un sacré changement pour Sophie et John de passer de statut de couple à celui de parents mais en plus, se retrouver à 4! C’était un apprentissage constant pour les jumelles et puis un apprivoisement à titre d’accompagnante.

Généralement j’aidais Sophie pour une tétée avant que tout le monde aille se coucher. C’était un bon moment pour prendre le temps d’expliquer de nouvelles positions, ou mettre au point certains réajustements. C’est pas mal vers 23h que tout le monde était couché et le rythme des tétées allait dicter nos nuits. Dès que j’entendais des petits mouvements, des petits bruits de succion, j’allais rapidement et gentiment réveiller Sophie dans sa chambre afin de l’installer confortablement dans son sofa, calée entre les coussins et je venais déposer les jumelles tout contre elle afin qu’elles soient toutes les trois dans les meilleures conditions pour la tétée. C’était du sport et de l’organisation mais cela fonctionnait. Il n’était pas rare que je tienne moi-même les jumelles tellement Sophie était fatiguée et à bout de forces pour la tétée, mais autant déterminée, elle souhaitait continuer d’allaiter.

La grossesse et l’accouchement ont beaucoup fatigués Sophie, les premiers jours n’étaient pas de tout repos et la récupération, extrêmement difficile. Il était donc important pour elle que les tétées soient évidemment un moment privilégié, qu’elles se déroulent en douceur, tendresse et plaisir et malgré tout, un minimum organisées afin qu’elle puisse se reposer. Lorsque la tétée se terminait Sophie retournait se coucher et moi je baladais les jumelles dans mes bras le temps de les rendormir.

Après quelques nuits nous avions établi une belle relation et c’est simplement avec une petite caresse sur l’épaule que je venais doucement la sortir de son sommeil afin qu’elle puisse nourrir ses filles, la suite s’enchaînait assez bien : l’installation – la mise au sein et puis elle se recouchait pour dormir à nouveau 1h/1h30 jusqu’à la prochaine tétée. Je dois avouer qu’Alice et Anaé étaient des nouveau-nées très faciles. Certes, il y avait les pleurs du soir, mais durant la nuit elles se rendormaient assez rapidement avant de pouvoir les reposer dans leur berceau.

@amandagreavette

Vers 7h du matin je m’éclipsais pour commencer ma journée de cours et le soir je revenais donner un coup de main. Au fil des nuits j’ai pu voir leur évolution à tous les quatre. John était de plus en plus à l’aise avec ses bébés, plus confiant et moins hésitant envers ces deux êtres si petits. Sophie gérait incroyablement bien l’allaitement, elle acceptait de plus en plus de prendre soin d’elle et tant pis pour la montagne de linge pas pliée et la vaisselle pas faite le soir.

Mon aventure a duré un mois avec cette famille, Un mois de nuits intenses, belles, émouvantes, remplies de découvertes mais surtout avec une révélation qui est née en moi. De par mes études, je savais que j’allais accompagner les couples durant la grossesse et l’accouchement ainsi qu’en post-partum mais lors de cette expérience j’ai pris conscience de l’importance du soutien pour les parents lors du retour à la maison. Le rôle que les accompagnantes à la naissance/aux relevailles portent, directement au domicile des clients, dans leur confort afin de créer leurs habitudes dans leur quotidien personnel est si précieux. Ce soutien ou simplement la présence rassurante qui leur permet de garder confiance en eux leur permet de se lancer dans l’aventure avec confiance et douceur.

Merci à eux de m’avoir offert de vivre cette expérience et cette aventure, mais surtout de m’avoir permis de découvrir une autre facette de mon engagement auprès des parents et des nouveau-nés.

Ysaline
Accompagnante à la naissance et aux relevailles

Écrivez-nous pour demander les disponibilités d’Ysaline, de jour comme de nuit!

Voici le lien vers notre page de Relevailles, offerts partout sur l’Ile de Montréal et dans un rayon de 70 km à l’extérieur de l’Ile.

Le saviez-vous?

Avant d’être un service d’aide et d’accompagnement « les relevailles » étaient une période après l’accouchement qui selon la région dans le monde ou les croyances se soldaient par une cérémonie, une bénédiction ou des rituels destinés à la nouvelle accouchée. Savez-vous que le soin Rebozo est une cérémonie de fermeture offert par Les Premiers Moments?

@lauraboilphotography