La naissance de Margot

Voici le récit d’accouchement de Laurence, Etienne et Margot. Après avoir vécu une expérience positive, nous étions d’accord que des histoires comme ça méritent d’être racontées à tout le monde! Le texte regorge de conseils hyper utiles, prenez des notes! Ça reflète très bien la réalité des naissances en milieu hospitalier. Il y a des interventions mises de l’avant mais la décision vous revient. L’équipe médicale est alerte et proactive et c’est à vous de choisir des fois les points du plan de naissance (sur papier ou non) les plus importants pour vous, rendus dans l’action.

C’est avec une grande générosité qu’ils nous offrent leur histoire, racontée à leur fille, née en pleine pandémie à Montréal, au milieu de l’hiver.

Bonne lecture 🙂

Chère Margot,

Ton arrivée dans nos vies a tellement été extraordinaire que nous voulions absolument prendre le temps de l’écrire pour ne pas oublier un seul détail de ce moment. 

Au matin du 30 janvier 2021, les amoureux font l’amour et stimulent les mamelons de maman tel que recommandé par un collègue de travail d’Étienne pour déclencher le début du travail dans les heures suivantes. Après tout, la grossesse de maman arrive à terme ce jour-là et nous avons vraiment (VRAIMENT!!!) hâte de rencontrer bébé. Il est important de mentionner que maman “croit” avoir perdu son bouchon muqueux la veille (!). 

Le début de la latence

Laurence est en pleine forme cette journée-là et décide même qu’il est grand temps de faire le ménage de la salle de bain. Papa s’empresse de le faire à sa place pour la ménager un peu, mais impossible de l’arrêter; elle se lance dans le ménage du frigo! Elle trouve des vieilles pommes et veut faire une croustade – chose qu’elle ne finira finalement pas. La famille s’informe à savoir s’ils seront grands-parents/oncles/tantes aujourd’hui, s’il y a des signes. On leur dit qu’il n’y a rien à signaler. Plus tard, Laurence commence à ressentir des douleurs dans le bas du dos… douleurs qu’elle se souviendra quelques heures plus tard comme étant le début des contractions. Après l’épisode de ménage, elle refuse une petite marche avec Étienne (première fois de toute la grossesse qu’elle refuse – on avait pris l’habitude de prendre des grandes marches de 2h dans le quartier fréquemment), elle désire se reposer un peu et sieste près d’une heure devant Harry Potter et l’Ordre du Phénix. 

17h00: L’heure du souper arrive assez vite et nous avons très peu d’inspiration étant donné le frigo presque vide. On ne voulait rien gaspiller alors nous n’avions pas fait d’épicerie cette semaine-là. Finalement, Étienne trouva une recette qui allait plaire à Laurence… une recette peu habituelle: ragù de crevette sur polenta. Le souper s’avère suffisamment goûteux, mais surtout, assez soutenant pour la suite. Elle mange tout en sautillant sur le ballon durant les contractions. On mange devant la partie de hockey du Canadiens contre les Flames de Calgary. Laurence continue de ressentir ces douleurs au bas du dos et après consultation avec notre doula, elle décide de prendre un bain chaud pour se calmer et “réorganiser” les contractions si c’en est. Elle y reste pendant 1 heure! Étienne y avait mis quelques gouttes d’huile essentielle de lavande pour que ce soit relaxant. 

Le travail actif qui s’installe

En sortant du bain, elle se rend à l’évidence que ces douleurs lombaires sont en fait des vraies contractions et décide de les minuter à l’aide d’une application. On se rend vraiment à l’évidence que bébé est en route vers la sortie. Étienne met de la musique (Matt Hulubowski puis Whitney) puis se met à masser le bas du dos de Laurence qui est à 4 pattes dans le lit et “gère” les contractions avec des mouvements de bassin (appris lors de ses cours de yoga prénatal) tout en respirant à travers chacune d’elles et en méditant. Les calculs affichés par l’application ne sont pas tout à fait ce à quoi Étienne et Laurence s’attendent. Ils savent qu’ils doivent se diriger vers l’hôpital lorsque les contractions seront d’une durée de 1 minute aux 4 minutes, pendant environ 1 heure. La lecture qu’ils en font ressemble plutôt à des contractions de 45 secondes aux 3-3:30 minutes. Ils vont ignorer plusieurs alertes de l’application à se déplacer vers l’hôpital à de nombreuses reprises… Étienne finit de préparer les derniers bagages pour l’hôpital. Il paraît qu’il faut se créer une bulle lors du travail, c’est ce qu’on a fait et on s’en souvient comme un moment très zen à la maison. On sentait que tout allait bien. 

Étienne appelle à l’hôpital vers 22h pour les avertir que le travail a commencé et pour vérifier à quel moment ils devraient s’y rendre. L’infirmière au bout du fil demande si Laurence peut parler lors des contractions et si elles sont “insoutenables”. Laurence dit ne pas trouver ça insoutenable et le travail continue pour environ 30 minutes encore avant que nous décidions finalement de quitter pour l’hôpital. C’était rendu vraiment très intense pour Laurence. Laurence ressent alors de grosses contractions et elle doit s’arrêter 2 fois en s’accroupissant sur le trottoir entre la porte du condo et la voiture. Le trajet en voiture se fait rapidement – Laurence passe à travers plusieurs contractions alors qu’Étienne fait bien attention de ne pas prendre trop de bosses. 

La transition qui surprend toujours

Nous arrivons à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont à 23h25. Étienne choisit une place de stationnement particulièrement loin de l’entrée principale. Dès la sortie de l’auto, Laurence s’accroupit à côté de la roue avant pour gérer une violente contraction, puis une autre à peine quelques mètres plus loin dans le stationnement. Une dame que nous croisons dans le stationnement nous demande si Laurence est en train d’accoucher, puis nous aide en allant chercher une chaise roulante, car Laurence continue d’avoir de fortes contractions. À ce moment, le travail est tellement intense que Laurence se fait à l’idée de demander la péridurale rapidement à l’admission en salle d’accouchement, bien que ce soit quelque chose qu’elle voulait éviter à tout prix. Étienne doit apporter tous les bagages incluant le siège d’auto à cause des restrictions entourant la pandémie mondiale de Covid-19. Un gentil gardien de sécurité pousse la chaise roulante jusqu’au 7e étage de l’hôpital à l’aile des naissances.

Première étape: le triage. Étienne répond à quelques questions de l’infirmière puis on les sépare pour procéder à l’examen obstétrical pour voir où le travail est rendu. Lors du triage, Laurence se souvient s’être fait demander de signer des papiers, mais n’a aucun souvenir de quels papiers il s’agissait. Elle doit aussi passer un test pour la Covid-19. Étienne devra attendre seul dans la salle d’attente en ne sachant pas comment se porte Laurence, et Laurence de son côté aurait bien aimé qu’Étienne soit là parce que les contractions sont particulièrement fortes et rapprochées.

C’était très difficile pour elle de parler à l’infirmière du triage, de collaborer aux différents tests d’admission et de se déshabiller pour enfiler la jaquette d’hôpital – bien que dans le plan de naissance elle voulait porter ses propres vêtements. Finalement, l’infirmière vient annoncer à Étienne que Laurence est rendue à 8,5 cm+ de dilatation et sera transférée rapidement en salle d’accouchement. On sait pertinemment que 8,5 cm+ c’est très avancé comme travail, ça déboule vite. Cette dilatation est le moment le plus difficile à gérer, c’est ce qu’on appelle la période de transition – ça ne vaut plus la peine de demander l’épidurale considérant que ça prend un temps à installer puis à faire effet. Cette nouvelle est vraiment très encourageante, Laurence sait que la fin approche et se sent d’attaque pour compléter la dilatation sans anesthésie. 

Lors de notre arrivée dans la salle d’accouchement, l’infirmière se présente (Julie) et la médecin de garde vient examiner Laurence. Étienne leur remet une copie du plan de naissance qu’elles lisent attentivement. Pendant ce temps Laurence continue toujours à avoir de fortes contractions. Étienne demande des moniteurs sans fil et une barre de squat.. personne ne semble au courant que ces items sont disponibles pour les accouchements. Il redemande la barre de squat deux fois, mais jamais on ne la verra! 

Rapidement, Laurence est à 9,5 cm et presque complètement effacée, il reste à peine de col du côté gauche. La médecin propose de rompre la poche de liquide amniotique qui est toujours intacte pour réduire la douleur et la pression sur le col, et accélérer la dilatation complète. Laurence accepte, bien que dans le plan de naissance c’était écrit qu’elle ne voulait pas. Une fois la dilatation “complète”, c’est le moment de la descente du bébé.

La grande poussée

Laurence ressent moins les contractions et celles-ci commencent à s’éloigner. La médecin propose d’administrer du pitocin (ocytocine synthétique) pour stimuler l’utérus et faire revenir les contractions plus fortes. Du même coup, elle nous propose également le “bloc honteux” qui consiste en une analgésie du périnée pour réduire la douleur lors de la poussée. Nous refusons les deux interventions et nous décidons plutôt de changer de position pour les “dernières” contractions avant la poussée. L’infirmière Julie nous aide, et Laurence se met d’abord en squat appuyée sur le dos du lit, puis sur les genoux. Et ça fonctionne – Laurence est “complète” et bébé descend bien.

Laurence se replace couchée sur le côté gauche qui semble alors la position instinctivement la plus confortable pour la suite. L’infirmière demande à Laurence de retenir la poussée tout de suite pour faire du delayed pushing (laisser le bébé descendre avant de pousser activement). C’est par contre impossible de se retenir, son corps veut absolument pousser. Elle s’excusera même à deux reprises d’avoir poussé!! Étienne en rit encore… L’infirmière change alors de stratégie et dit à Laurence de pousser si elle en ressent le besoin.

À chaque contraction Laurence pousse 3 fois pendant 10 secondes en retenant son souffle. Étienne l’aide en comptant pour elle (jusqu’à 10, parfois plus ou en répétant plusieurs fois le même chiffre!) en lui tenant une cuisse pour l’aider dans son effort. Tout au long du travail, le cœur de bébé et les contractions sont monitorées, et le cœur de bébé accélère au lieu de ralentir lors des contractions – c’est bon signe! Après avoir poussé pendant environ 1h30, Étienne peut finalement apercevoir la tête bien chevelue de bébé. La médecin fait alors son entrée dans la pièce pour les dernières poussées. Le plus douloureux a certainement été le passage de la tête le fameux ring of fire. Maman se souvient de la douleur si vive et avoir dit à papa « ça fait tellement mal!! » Dès la contraction suivante, pour ne pas y rester, maman a poussé très fort pour sortir la tête. Rapidement tout le corps a suivi. 

À 2h31, bébé est expulsé et lance un grand cri dès sa sortie! Nous pouvons enfin connaitre son sexe: c’est une petite fille! Elle est très vigoureuse dès ses premiers moments et répond très bien au test Apgar (9-10-10).

La grande délivrance

Papa a l’honneur de couper le cordon ombilical, puis bébé et maman peuvent ensuite profiter d’un moment magique de peau à peau alors que la médecin termine les interventions post-accouchement. Maman a une déchirure de 2e degré, fait une hémorragie et perd un peu de sang, mais tout est bien pris en charge par l’équipe médicale. La médecin et l’infirmière massent vigoureusement l’utérus de maman et lui administrent du pitocin (ocytocine synthétique) pour que l’utérus se contracte, ça fonctionne, l’hémorragie est contrôlée et la médecin peut faire les points de suture nécessaires. Papa a aussi la chance de faire du peau à peau avec bébé alors que les soins à maman sont complétés.

La visite du postpartum

Environ deux heures après la délivrance, nous sommes transférés de la salle d’accouchement à une chambre de l’aile des naissances. Maman est en chaise roulante et te tient dans ses bras, c’est à ce moment qu’elle peut bien apercevoir ton visage pour la première fois clairement – elle en a les larmes aux yeux. On se souviendra longtemps des cris des autres femmes qui accouchaient ce soir-là, résonnant dans le couloir. Maman n’a pas crié du tout, elle a plutôt vécu tout ça très intérieurement en méditant. 

Pendant notre séjour, des infirmières vraiment très gentilles viennent s’assurer que Margot et Laurence vont bien et aident avec le début de l’allaitement. Plusieurs sont impressionnées par notre arrivée à l’hôpital à 8,5 cm de dilatation, l’arrivée express de bébé sans aucune anesthésie, de façon complètement naturelle. On apprend alors que plus de 95% des femmes qui accouchent à l’hôpital demandent la péridurale – on est un peu des extraterrestres mais fiers de l’être! 

Le retour à la maison

Après deux nuits à l’hôpital, nous quittons en début d’après-midi le 2 février après avoir obtenu notre congé. Maman et bébé Margot vont très bien. Papa n’en peut plus, il a vraiment envie de rentrer à la maison au plus vite. À cause de la covid, nous n’avons pas le droit de sortir de la chambre – au moins c’est une chambre privée! En quittant le stationnement de l’hôpital, Laurence pleure (encore) de joie: à peine quelques heures plus tôt nous arrivions en couple à l’hôpital, et là nous partons en étant une famille. Margot ne pleure pas du moment où elle est installée dans son siège d’auto, jusqu’à l’arrivée à la maison. 

Nous nous souviendrons de ton arrivée Margot, comme un événement extraordinaire, empreint de douceur, où tous les trois nous étions la meilleure des équipes et où nous travaillions de pair. Tu as à peine quelques jours et nous t’aimons tellement déjà. Nous apprenons à te connaître un peu plus chaque jour.

Merci  Laurence, Etienne et Margot et félicitations pour votre nouvelle famille x

Si vous souhaitez avoir de l’information pour naviguer le système hospitalier, trouver votre voix et connaître vos options, vous le trouverez dans nos cours prénataux et dans les suivis avec nos accompagnantes à la naissance.