Pourquoi je suis contente de ne pas être sage-femme

Si vous n’avez pas lu la première partie de ce blog, il vous manque un peu d’information sur mon histoire, je vous invite à le faire en cliquant ici.

Après avoir remis ma deuxième demande d’admission au bac en pratique sage-femme, à l’UQTR, je suis revenue d’Afrique. C’est ma coloc de l’époque qui a tout imprimé et envoyé à ma place parce que j’étais à Madagascar lors de la date limite pour l’inscription. Je pensais honnêtement que maintenant, les portes de l’université allaient être grandes ouvertes pour moi. J’avais attrapé 35 bébés, j’avais appris énormément sur la profession de sage-femme, sur l’accouchement naturel, sur la relation avec une patiente… bref, j’étais en voie de faire mon métier de rêve, celui que j’essayais d’atteindre depuis 3 ans maintenant.

Un matin, j’ai reçu une lettre disant que ma demande d’admission avait été traitée et que j’étais sur la liste d’attente pour les entrevues personnelles. Ok, liste d’attente…. Ok.

J’ai continué à lire et j’ai vu que dans la case « base de l’admission », ça disait « notes collégiales ». ERREUR! La première application a été envoyée sous base collégiale, mais maintenant j’appliquais sous la base expérience! Ils n’ont simplement pas vu le dossier, ils ne l’ont pas lu! Après avoir parlé aux personnes responsables de recevoir et trier les demandes d’admission, on s’est rendu compte qu’en effet, le dossier n’a pas bien été traité, même pas lu. J’aurais des nouvelles dans quelques jours. C’est avec l’espoir du printemps que je me secoue les épaules et me dit que ça va bien aller, qu’ils vont être impressionnés par mon dossier, une fois qu’ils le liront.

Deux semaines plus tard, je n’ai toujours pas de nouvelles. Je rappelle et un homme me dit : Vous n’avez pas eu de nouvelles? Vous ne savez pas que vous êtes refusée?

-Non, je ne savais pas
-Ah, ben oui, votre dossier a été refusé. Vous aviez plus de chances avec vos notes collégiales, c’est pour ça qu’on vous a remis dans cette catégorie.
-Ah. Ok, merci.

Voilà, c’était tout. Simple de même. J’étais encore refusée. Ils n’ont même pas fait l’effort de me laisser savoir.

J’ai parlé à la directrice du programme, à l’époque. Elle m’a expliqué que dans ma lettre de présentation, j’avais choisi les mauvais mots. Elle m’a dit que je n’avais pas besoin d’aller jouer à la sage-femme pour avoir accès au bac, que ce n’est pas ce qu’elles demandaient. Quand j’ai demandé si ça pouvait aider si j’y retournais pour plus longtemps? Non. Que ça empirerait les choses.

Mon hypothèse sur la chose reste la même. L’ordre des sages-femmes du Québec est sévère et les personnes qui sont admises au bac doivent être des personnes qui s’y joindront. Mon expérience à Madagascar démontre mon intérêt vers la profession mais aussi vers la communauté, vers l’impulsivité, j’irai même jusqu’à dire l’illégalité. Depuis la légalisation de la profession, il y a un peu plus de 20 ans, il y a un débat à l’interne, entre les sages-femmes affranchies par l’OSFQ et les sages-femmes dites, communautaires. Celles qui ne font pas partie de l’ordre mais qui pratiquent tout de même, en cachette. Elles offrent des services aux femmes qui n’entrent pas le cadre de pratique légal de la sage-femme. Parce qu’elles entrent dans les craques du système (ou parce qu’elles s’y glissent volontairement), certaines femmes ont recours à ces sages-femmes communautaires. Je pense que j’avais le profil d’une sage-femme qui serait retournée dans la communauté, donc, dans l’illégalité. Je n’étais pas le bon profil pour la profession légale. De là, les refus catégoriques.

Avec recul et réflexion, je ne pense pas qu’ils ont tort.

Bref, les portes de l’université se sont fermées.

À chacun de mes refus, ma réponse naturelle fut de m’éloigner de la périnatalité pendant quelques mois. De disparaître du milieu. De changer de travail et de me convaincre que ça me plaît d’avoir une carrière dans la restauration. Je me souviens encore du moment où j’ouvrais le café, je nettoyais le plancher en me disant : ok, je vais essayer la formation d’accompagnante à la naissance, si j’aime ça, je deviens naturopathe et ce sera ça.

C’est ce que j’ai fait. Deux ans après le dernier refus, j’ai encore essayé. J’ai renvoyé une demande d’admission, encore sous la base « expérience ». J’avais des dizaines de formations québécoises en périnatalité, ma pratique de doula, je pensais que cette fois, ce serait la bonne. Mais non. Troisième refus en 5 ans.

Depuis, j’ai fait un grand chemin. J’ai lancé la compagnie Les Premiers Moments, qui un jour, deviendra grande et prospère. Je me suis lancée dans l’entrepreneuriat à deux pieds. Je suis sur le CA de l’Association Québécoise des Accompagnantes à la Naissance. Je fais du bénévolat avec Médecins du Monde en accompagnant des femmes qui n’ont pas d’assurances. Je m’implique, je fais du bien et ça me fait du bien.

J’ai la liberté de choisir quand et où je travaille. Je n’ai pas de patron qui me dit quoi faire ou refuse mes bonnes idées. Je mets ma saveur dans mon travail et j’apprends à m’organiser un peu plus à chaque jour.

4 ans après avoir commencé ma carrière d’accompagnante à la naissance, 1 an après avoir obtenu le titre de naturopathe en périnatalité, 6 mois après mon lancement d’entreprise, je suis très consciente de la chance que j’ai de ne pas être sage-femme. Je n’ai pas de restrictions dans mon travail. C’est moi qui le dicte. Mes journées sont ponctuées de rencontres, d’ateliers, d’accouchements, de café entres amis et de repas en amoureux. Je profite d’une liberté que je n’aurais pas pu avoir autrement, et pour ça, je suis contente de ne pas être sage-femme.